ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Madame Andrée DESPRAT


Dans le cadre de notre souhait de rencontrer les membres éminents de notre association, nous avons rendu visite à Mme Andrée Desprat, femme au grand talent de peintre.

Mme

Le village, Illiat, s’étire dans le creux d’une vallée, à proximité de la Saône, bien caché dans un cadre rural alors que des routes passantes le cernent. Et là, dans une petite maison, Andrée Desprat, âgée de 97 ans, nous attend. Fragile, toute vêtue de gris, elle a la main tendue et derrière le sourire un peu timide, le regard accueillant. Elle va, avec tant de gentillesse nous parler de sa vie, que nous l’écoutons dans un silence respectueux.

En fait, de sa vie elle parlera peu. Gabriel Desprat, son mari, disparu depuis peu, laisse un tel vide dans son existence qu’elle ne parvient à supporter cette absence qu’en l’évoquant. « Quand je l’ai rencontré dit-elle, je lui suis tout de suite tombée dans les bras… c’était un coup de foudre… »

Puis elle raconte le charisme de cet homme, ses choix pendant la guerre, leurs années de séparation, et son retour. « Beaucoup de gens chantaient mais d’autres pleuraient… » Puis elle ajoute, perdue dans ses souvenirs : « J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un mari comme lui… »

Cet homme, Gabriel Desprat elle l’a suivi dans tous ses engagements, dans sa volonté, lui officier, de devenir journaliste. Ce qu’il a été, à Combat, d’abord, puis au Progrès, où il a tenu, avec équité, la rubrique judiciaire. « Il a vécu son métier avec passion. » Elle a partagé ses engagements, ses choix, ses espérances, ses tristesses. Elle l’a suivi dans ses voyages en Allemagne où il retournait pour comprendre, pour savoir comment les Allemands se comportaient après le séisme de la seconde guerre mondiale. « A son contact, j’ai toujours eu besoin de savoir… »

Quant à elle, son jardin secret a été la peinture. « J’ai rencontré un peintre des Beaux-Arts, j’ai travaillé dix ans avec lui… » Puis elle s’est émancipée, a réalisé ses propres paysages, fait naître sur ses toiles ses tendresses, ses regards sur les petits chemins de son univers. Elle a aimé faire des portraits dont celui de son mari qui se dresse derrière elle. Les murs affichent ses toiles fleuries ou les représentations de leurs petits chiens. « J’ai fait beaucoup d’expositions, dit-elle, j’ai beaucoup vendu… » L’Ordre du Mérite lui a été octroyé par le ministre de la Culture, pour son œuvre personnelle, dont la qualité éclate dans chacune de ses œuvres.

On voudrait qu’elle nous en parle un peu plus, mais tout en servant le thé, elle est déjà repartie dans ses rêves transcendés par l’amour : « A l’hôpital, j’ai caressé ses mains… » Et nous partons presque sur la pointe des pieds, pour ne pas troubler plus longtemps son bonheur à jamais inachevé. (MDC)

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL