ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Madame Gaëlle TOUFFLET


Une aventurière du cœur : Gaëlle TOUFFLET

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Nous la connaissons tous. C’est elle qui, habillée et chapeautée de blanc, nous a reçus et accompagnés lors de notre « Journée champêtre » à Vongnes et Belley, l’année dernière. Elle qui a organisé notre visite. Elle qui nous a conduits, dans une balade culturelle et historique, à travers la ville.

 

 

 

La maison, enfin trouvée après quelques circonvolutions dans le village, donne l’impression d’être au bout du monde. D’ailleurs l’horizon se déploie, au-delà du jardin, comme le décor d’un théâtre, que la neige, un peu lointaine, aurait peint de quelques touches de blanc.

 

 

Gaëlle Toufflet chapeautée et souriante derrière ses lunettes, a l’accueil chaleureux de ceux qui se sont toujours préoccupés des autres plutôt que d’eux-mêmes. Tellement présente dans cette jolie maison, dont les murs portent, comme des souvenirs lointains que l’on souhaite ne pas oublier, gravures, peintures et broderies japonaises. Il est difficile de la situer sous d’autres cieux. Mais elle a la réponse rapide : « Non, non, je ne suis pas d’ici, je suis une bretonne née à Paris. »

 

 

Déjà désireuse de s’occuper des autres, elle apprend le métier d’infirmière. « A l’époque on travaillait beaucoup, les 35 heures n’existaient pas, dit-elle » Mais elle s’est tant dévouée aux causes à sauver que sa propre santé est devenue aléatoire. On lui a conseillé, sinon ordonné, de changer de vie. Elle a donc passé un examen qui était, à ce moment là, l’équivalent du B.A.F.A. actuel (Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur). Puis elle est venue, à Thonon-les-Bains diriger un aérium. Ce que l’on appellerait aujourd’hui un préventorium. C’est-à-dire un établissement où l’on reçoit des enfants en convalescence.

 

 

« A cette époque, dit-elle je chantais beaucoup. J’étais la Callas de Thonon-les-Bains… » Chanté dans les chorales, dans les ensembles dans… Mais elle s’arrête, et reprend : « Non, je ne chante plus… On m’a opérée des cordes vocales, d’ailleurs on m’a opérée de partout… » Mais cela n’a pas d’importance, elle évoque a peine les ennuis ou les difficultés, comme si la vie avait coulé sur elle avec une certaine cordialité, pour lui donner cette force aimable qui la caractérise.

 

 

Prise d’une envie de bouger elle part aux Etats-Unis. Après six mois à Washington elle parcourt le pays, revient sur Long Island. Ne rentre en France que dix-huit mois plus tard. Quand elle revient, elle se marie avec un commerçant de La Roche-sur-Foron, un grand résistant qui ne parlait jamais de sa résistance et n’évoquait que peu ses blessures. Elle en parle, maintenant qu’il n’est plus là, avec une admiration profonde et une éternelle affection.

 

 

Mais elle, elle… « J’ai fait du bénévolat, toute ma vie, j’ai commencé à 18 ans en cheftaine des scouts… Puis j’ai continué avec du bénévolat social et culturel, j’ai été secrétaire dans des associations de musique, j’ai aidé la Croix-Rouge, j’ai travaillé à l’Office du Tourisme… Et j’écris aussi pour la Société savante du Bugey… Surtout, j’ai été la présidente fondatrice de France-Japon, Pays de l’Ain… »

 

 

Le Japon ? Mais pourquoi le Japon ? « Parce que j’aimais beaucoup mon grand-père, dit-elle. Il avait été en poste à Hanoi, aux chemins de fer du Tonkin. Dans les années trente, le Japon se modernisait et mon grand-père a été consultant auprès des autorités nippones, en charge du réseau ferré de leur pays. »

 

 

Une passion de petite fille pour un grand-père revenu ébloui de cette expérience. Il lui a raconté tant d’histoires merveilleuses, qu’elle en a conçu l’espoir d’approfondir un jour cette connaissance particulière. L’occasion se présente quand elle apprend qu’un groupe de retraités catholiques du Japon visite la France. Ils viennent de Hakodate, premier port de l’île du Hokkaido donc la capitale est Sapporo. Elle se démène tant et si bien, que ce groupe vient visiter le Bugey, et choisit de la saluer chez elle. Elle se retrouva donc avec quarante retraités catholiques japonais dans sa maison ! C’était en 1987, visite sanctionnée par un jumelage avec l’église de Ceyzérieu.

 

 

Bien sûr, des liens se sont forgés. L’année suivante, elle et ses amis de la Société savante du Bugey, partent pour Hakodate, où l’accueil fut chaleureux, amical et tellement attentionné qu’ils en revinrent émerveillés. Dès lors naquit l’association « France-Japon, Pays de l’Ain ». Plusieurs voyages suivirent. Mais aussi des échanges avec des étudiants, des artistes, des médecins, des musiciens. Pour approfondir ces partages, des séminaires, des expositions, des stages furent organisés. L’association dura vingt ans.

 

 

Aujourd’hui, Gaëlle évolue dans cette maison de Ceyzérieu, entre ses souvenirs du Japon, ceux qui restent accrochés aux murs et ceux qu’elle a dans la tête et dans le cœur. Le Rhône coule au pied du jardin et la Savoie s’étire sur les sommets, en face. Deux chats S.D.F, viennent parfois lui rendre visite. « Pour mes voisins, dit-elle, je suis la grand-mère du quartier. » Ils lui proposent souvent de l’aider, mais avec sa vitalité, sa force de caractère, elle remercie et refuse. Reste quand même une question que l’on n’ose poser : l’année de naissance. « 1930, » dit-elle… fière et sachant qu’elle va surprendre. Effectivement on reste sans voix… !

M.D.-C.

 

 

 

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL