ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Madame Magne de Miremont


Magne

Née en 1911, notre compagnon Marguerite Magne de Miremont, aura, le 7 septembre prochain, 100 ans. Un événement dans notre association et une occasion, pour nous, de la rencontrer.

Nous arrivons essoufflés. Trois étages sans ascenseur nous n’en avons plus guère l’habitude. Elle ouvre sa porte, souriante : « Essoufflés ? Ah bon… Moi je les aime bien mes escaliers. » Et du coup, c’est nous, les visiteurs, qui paraissons âgés ! Petite, menue, l’œil vif sous son casque de cheveux blancs elle a la parole vive et le regard serein. De son enfance dans le Jura elle s’en souvient avec tendresse tant elle avait une « si jolie maman et si gentille aussi » Mais une mère qui avait du travail avec trois enfants et un père disparu en 1916. Elle était infirmière déjà, et voulait faire entrer sa fille à la Croix-Rouge. Mais la jeune Marguerite n’était pas de cet avis .

« Moi j’ai dit : Je veux mon diplôme d’Etat. Je veux pouvoir faire ce que je veux, aller où je veux. »

Donc elle a fait ses études d’infirmière à Lyon où elle a rencontré son mari, courtier en vins. « Mes beaux-parents étaient merveilleux et avec mon mari ils étaient à la tête de vignobles dans la région de Troyes en Champagne. Mais je n’aimais pas leurs vins. Je le disais à mon mari : C’est de la piquette, moi je préfère des vins comme le Pommard… ! »

Avec ses diplômes d’infirmière et après son mariage, sa carrière s’est déroulée essentiellement à l’hôpital de Vitry-le-François, en tant que surveillante chef. Aujourd’hui, elle peste encore contre les internes qui filaient chercher des cigarettes alors qu’on amenait des blessés. Elle, la petite nièce du général de Castelneau, elle n’allait pas rester sans rien dire et nous démontre avec quelle autorité elle les reprenait quand ils revenaient après leurs escapades. Et elle précise : « Je peux encore travailler. Dites vous bien que malgré mon âge, je serais mobilisée d’office s’il y avait une guerre. »

A-t-elle vu évoluer le monde, la vie au cours de ce siècle qu’elle laisse derrière elle ? « Oh vous savez, dans mon métier, les choses n’ont pas beaucoup changé. Les malades restent les malades, et les soins sont toujours les mêmes. Les intraveineuses, les anesthésies, on les effectuait déjà. Quand on est infirmière, il faut surtout être là, les malades n’attendent pas. J’ai eu une vie de sacrifices. J’ai travaillé très tard. Mais j’en garde un très bon souvenir… »

Son mari décédé elle est venue s’installer dans l’Ain, près de ses neveux, bien qu’elle ne les rencontre pas souvent. « Je ne veux pas déranger… » mais elle téléphone si elle a un problème. Comme avec sa télévision qui a failli prendre feu. Ses neveux l’ont changée et devant ce nouvel écran plus grand, plus lumineux, elle s’attarde : « C’est intéressant pour moi qui suis toute seule. Mais je regarde ce qu’il y a de plus intelligent. Les informations d’abord. J’aime bien la politique. » Sur les personnalités qui la font, elle a des opinions très arrêtées « Les gens critiquent beaucoup, mais ils n’ont qu’à prendre le manche, c’est facile de critiquer. Vous savez, ils font tous quelque chose de bien les politiques… »

A Thoiry elle est devenue la protégée du Maire, mais aussi de ses voisins. « Je sors tous les jours. Si je ne sortais pas, les voisins s’inquiéteraient. Je ne suis pas sauvage, j’aime les gens…» Elle apprécie aussi le nouveau curé. « Mais il est un peu casse-pieds, dit-elle. Il parle trop longtemps. Je le lui ai dit, ce que vous dites est bien mais c’est trop long. C’est comme les confessions, je veux bien que se confessent ceux qui font du mal, qui volent ou qui froissent leurs voisins mais autrement, pourquoi se confesser ? »

Pour sa longévité a-t-elle un secret ? « Manger une datte par jour, cela protège du cancer. » C’est à peine si de temps à autre elle répond : « Je ne m’en rappelle pas, vous savez c’est si vieux… » On veut bien la croire ! Puis soudain : « Si nous buvions un verre de champagne, moi j’aime bien le champagne… » Et nous voilà levant nos verres. A sa santé ? Evidemment mais plus inquiets pour la nôtre que pour la sienne ! Quel dynamisme, quel amour de la vie et quelle leçon d’humanité ! Son bonheur de vivre, dans la grisaille de notre époque, nous laisse à la fois stupéfaits et admiratifs. Elle est magnifique notre centenaire !

MDC

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL