ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Monsieur Henri BEGUIN


En décembre prochain, Henri Béguin, notre président honoraire, aura 91 ans. Un âge vénérable. L’occasion pour nous de lui rendre hommage.

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Né en 1920, à Vesoul, Henri Béguin aurait pu être un grand médecin. C’était du moins ses intentions. Mais à 19 ans, suivant son père, fonctionnaire, muté à Grenoble, il se trouve bousculé par les évènements et la guerre. Une toute autre voie s’ouvre à lui. Il commence alors des études de droit, et obtient son diplôme d’aptitude au barreau, en 1942. Mais ce qu’il voulait, et il le dit encore aujourd’hui, avec force, c’était « me battre, défendre mon pays les armes à la main… » En novembre de la même année il s’engage au 159ème régiment d’Infanterie alpine, mais l’occupant dissout l’armée française quelques jours plus tard. Si bien que, très vite, il entre dans la Résistance.

« Notre mission, c’était de surveiller la Route Napoléon. Les paysans du coin étaient chargés de nous ravitailler. On était bien armé et on attaquait les gros convois. Ça a été ça notre vie. Jusqu’à la libération. A ce moment là, nous n’avions plus rien à faire sur place. Avec un ami, on est parti sur la route, jusqu’à ce qu’on rejoigne la 1ère armée. »

Mais on n’entrait pas dans l’armée aussi facilement. A Rouffach, en Alsace, il doit suivre une formation militaire sévère. Rencontre Marcel Bigeard et Pierre Langlais « Des hommes très courageux » précise Henri Béguin qui leur garde toute son admiration. Il ajoute « Ensuite on s’est efforcé de pousser les Allemands de l’autre côté du Rhin. Ça a été un peu difficile… On a perdu la moitié des effectifs. » Il est nommé sergent et reçoit en 1945 la Croix de guerre pour « sa brillante conduite, son complet mépris du danger… »

Démobilisé, Henri Béguin effectue un stage à Coëtquidan, en sort sous-lieutenant dans l’infanterie mais renonce à suivre une carrière militaire. Il sera officier de réserve jusqu’en 1968 et il terminera avec le grade de capitaine et l’honorariat de son grade.

Il entreprend alors une vie civile, non sans difficulté, car à côtoyer des militaires de toutes les origines, il parle, à ce moment là, un « sabir» qui n’a rien de commun avec celui d’un monde civilisé ! Il réapprend à parler avant de se lancer, d’abord, à la cour d’appel de Grenoble, puis dans différentes institutions, en Haute-Savoie, en Franche-Comté et enfin dans l’Ain. « J’ai été pris dans le milieu des affaires, dit-il, rien n’était fait… » Pratiquement, partout ses interventions ont consisté à venir en aide aux autres.

Il met sur pied une caisse mutuelle régionale en Franche-Comté pour les non salariés, et crée un comité d’expansion de la Haute-Savoie, où il participe à la création de foyers pour travailleurs, anciens malades, avec construction d’hébergements et ateliers de réentraînement à l’effort industriel. Entre temps, en 1960, chargé de mission en Kabylie, il organise des jumelages entre départements français et algériens. Il reçoit l’Ordre du Mérite en 1975 et la Légion d’Honneur en 1993.

Peut-être parce que sa jeunesse et ses aspirations profondes ont été bousculées par les événements, il s’est attaché à défendre les droits de ceux qui n’en ont pas. Il a organisé des carrefours de « Santé cadre de vie » en préconisant la santé des personnes du 3ème âge, l’hygiène et la sécurité des enfants, la diététique et la restauration collective.

Président, pendant dix-huit ans, de la section de l’Ain de l’A.N.M.O.N.M., il s’est attaché à l’alphabétisation des jeunes qui avaient du mal à lire et à écrire. « Nous sommes même allés plus loin, dit-il. Pour donner aux jeunes des possibilités de choisir leurs voies professionnelles et essayer de les préparer à la vie active… »

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Aujourd’hui il vit tranquillement, dans un moulin, au creux d’une vallée verdoyante, en dessous de Salavre. Dans son bureau, tapissé de livres, les récits de Marcel Bigeard côtoient ceux, plus philosophiques, de Théodore Monod. La belle chatte grise vient souvent lui tenir compagnie. Au mur est exposée une reproduction du suaire de Turin. « Ma philosophie est basée sur le message du Christ, dit-il… » Et puis il y a Thérèse, son épouse, toujours très active, passant des sessions de la municipalité de Salavre aux obligations de la Croix rouge et veillant, attentive, à son confort.

Le soir, le silence entoure ce moulin nimbé des couleurs de l’automne. Là où Henri Béguin se souvient de cette vie tellement bien remplie, et si généreusement dévouée au service des autres.

Maryse Dufaux-Chollet

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL