ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Monsieur Jean-Paul RONCHAUD


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Jean-Paul Ronchaud : Un homme généreux

 

 

Aventurier du quotidien, amoureux des vieilles pierres, passionné des voitures, aimant les chiens, les chats, les chevaux et surtout sa femme Marie-Josèphe, Jean-Paul Ronchaud a été, toute sa vie, un homme de cœur.

 

La maison, Le Prieuré, s’appuie à l’église, au cœur d’un hameau dont les maisons, aux murs de pierres vives, évoquent déjà la montagne voisine. Devant la fenêtre, sur un arbuste dépouillé de ses feuilles, les mésanges tourbillonnent en un ballet incessant. Dans la cuisine, le gros chien berger somnole près du feu, les chats dorment sur les chaises. Chez Jean-Paul Ronchaud tout est bonheur.

 

Il est né dans l’Allier, près de Moulins, il y a bientôt quatre-vingts ans, dans une famille de commerçants aisés. Dès l’enfance, parce qu’il se lance dans le scoutisme, il apprend qu’il faut « servir et sauver son prochain ». Scout, puis adoubé « Ecuyer de France », il respecte dès lors cette philosophie, jusqu’à en faire sa ligne de vie.

 

A 19 ans, il s’engage dans les Chasseurs alpins avec lesquels il partage des épreuves sportives. Mais l’affaire familiale, un grand commerce de textiles qui emploie vingt-cinq personnes, a besoin de lui. Il refuse de suivre la formation d’élève officier de réserve (E.O.R.).

 

Et même de partir en Terre Adélie avec Paul-Emile Victor. Pour reprendre ce commerce, il effectue divers stages dont certains en Angleterre et il en revient même diplômé de Cambridge. C’est alors un chef d’entreprise qui en assume toutes les responsabilités : membre de la C.C.I., président des jeunes patrons, administrateur de l’URSSAF.

 

Entre-temps il est d’abord, en 1956, rappelé en Algérie, puis rappelé, à nouveau en 1961 mais cette fois, il reste en France, dans la gendarmerie. A cette époque, il épouse Marie-Josèphe qui comme lui est passionnée des vieilles pierres. Si bien qu’ils achètent le château de Chéry, près de Souvigny dans l’Allier. Ensemble, ils vont en remonter les murs et en reconstituer les parties les plus importantes...

 

Mais le temps des grands commerces est passé. Jean-Paul Ronchaud vend l’affaire familiale, et dans la foulée, aussi le château. Le couple part un peu à l’aventure, s’installe en Haute-Savoie près de Taninges. Comme, à Chéry, Marie-Josèphe possédait déjà quelques chèvres, le troupeau est augmenté et ils se retrouvent exploitants agricoles à fabriquer des fromages ! L’hiver Jean-Paul travaille dans la station de ski voisine. Intégré dans la société locale, selon son principe de vie, il aide tout le monde. «Cela ne me peine pas d’aider les gens» dit-il. Si bien qu’il se retrouve conseiller municipal de son village, non pas parce qu’il s’est présenté mais parce que son nom a été rajouté sur les bulletins de vote !

 

Mais les chèvres, cela va un temps. Neuf ans plus tard, Jean-Paul Ronchaud devient agent commercial de son ami Jean Vuarnet,ancien champion de ski reconverti dans les affaires et, toujours tenaillé par son goût des vieilles pierres, revient dans l’Allier. Le couple s’installe au château de l’Epine, en Bourbonnais. Cette vieille bâtisse médiévale, fortifiée, entourée de douves dans lesquelles il faut, de temps à autre, repêcher les chats tombés des fenêtres, était évidemment à l’abandon. Donc on remonte les murs, on refait les toitures, on creuse les galeries, on cherche les souterrains. Rien n’arrête ce couple. « Heureusement, dit Jean-Paul Ronchaud, que nous avons les mêmes passions… ! »

 

Le château possède de très belles écuries ? Une bonne occasion pour se lancer dans la conduite des attelages. Cavalier émérite, Jean-Paul Ronchaud fait venir un spécialiste qui apprend, à lui et à ses amis à mener des chevaux attelés. « Moi dit-il, j’ai toujours appris des tas de trucs… ! » Arrive, en 1993, la retraite. Cet homme qui aime l’humanité, donc les hommes, peut enfin se lancer dans le bénévolat. Il va s’occuper des Restos du Cœur, de la banque alimentaire de l’Allier puis de celle de l’Auvergne, il ira même jusqu`à conduire des camions d’aide alimentaire pour approvisionner un orphelinat en Roumanie en un lieu et un temps particulièrement dangereux.

 

Après être resté quatorze ans à l’Epine, le château, vendu, est remplacé par un Relais de poste à Saint Gérand le Puy, à proximité de Vichy. Bâtiment en ruines évidemment, qu’il faut retaper complètement « Mais des écuries magnifiques… » dit-il, aujourd’hui encore admiratif. Bien sûr, ses exploits, son travail, son abnégation, son dévouement, sa générosité, ont été reconnus et sanctionnés par des nominations ou des médailles dont le Mérite en 2005. Bien sûr, aussi, le Relais de poste a été quitté pour le Prieuré de Saint-Jérôme, qui lui aussi sera abandonné pour un logement plus pratique et plus proche de la Suisse où réside leur fille.

 

Et ils partiront tous, Marie-Josèphe, Jean-Paul, le gros chien, les trois chats, peut-être même Idaho le cheval, pour un autre lieu, où il y aura encore, dans un éternel geste d’amour pour autrui, d’autres gens à rencontrer, à aider, à aimer, et peut-être d’autres pierres à remonter.

 

M.D.-C.

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL