ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Monsieur René CHEVASSUS


RENÉ CHEVASSUS : La mémoire de la « plasturgie »

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Longtemps membre du Comité de section de l’Ain, René CHEVASSUS, nous raconte, aujourd’hui les bonheurs de sa vie.

Né en 1924, à Oyonnax, René CHEVASSUS, a, mieux que personne, perçu l’évolution de ce « petit village devenu grand » et dont l’artisanat s’est transformé, avec les siècles, en une industrie internationale performante. Dans le silence feutré de sa petite maison, construite par ses parents, il se souvient d’une vie passionnée et passionnante, tournée essentiellement vers l’enseignement d’un métier qui a évolué selon le monde et la mode.

Dans ce bourg, à l’histoire surprenante, tout tourne autour d’une création première : le peigne. D’abord en bois de buis, puis en corne, il était façonné par les habitants, la plupart éleveurs dans la montagne, en complément, pour occuper les longues journées d’hiver. Mais déjà la cor-ne, dont la rondeur était plus difficile à travailler, a nécessité un outillage spécialisé. C’est pourquoi, René CHEVASSUS, a suivi, d’abord, une formation de mécani-cien puis travaillé dans l’atelier de son père, artisan, qui s’occupait d’usinage industriel.

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Mais peu à peu, la fabrication du peigne ainsi que des objets tels que les ornements de coiffure, les montures de lunettes ou les boucles de ceinture, l’a intéressé. Il a constaté aussi l’utilisation des nouvelles matières comme le celluloïd, la galalithe, le rhodoïd, la bakélite, toutes marques déposées, dont, plutôt que d’en donner le nom, il en cite, de mémoire, la composition chimique.
« Si bien qu’un ami est venu un jour vers moi, en 1953 et m’a dit : on a besoin d’un gars comme toi à l’E.N.P. (Ecole Nationale professionnelle des matières plastiques, aujourd’hui Lycée Arbez-Carme) J’ai réussi le concours, et, ainsi, je suis devenu professeur de plasturgie.»
Enseignant ? Oui mais il ajoute aussitôt : « J’ai appris énormément de choses. Les élèves étaient curieux, ils posaient sans arrêt des questions… » En 1955 on l’inscrit au concours du meilleur ouvrier de France et il obtient le premier prix. Avec un coffret en tabletterie plastique qui lui a demandé 300 heures de travail, un « chef-d’oeuvre » bien qu’il n’aime guère ce nom-là.

Tout au long de sa carrière, il s’est battu pour que cette profession d’enseignant technique soit reconnue. « Moi je suis comme ça, il faut que cela avance ! » Il précise : « J’ai formé 876 élèves ayant obtenu leur diplôme de BTS plasturgie.. ! »

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Quand une presse lui écrase la main droite, tant qu’il n’a pas retrouvé sa mobilité, il apprend, avec cette ténacité qui lui est propre, à écrire de la main gauche. Puis un inspecteur général, qui avoue ne rien comprendre aux plastiques, lui demande de l’accompagner pour visiter les lieux d’enseignement car la plasturgie s’est développée en d’autres sites. René CHEVASSUS va pouvoir, à travers toute la France, constater l’évolution de cette industrie si particulière.

En 1981, on l’encourage à passer l’agrégation qu’il réussit « C’est comme ça, c’est mon tempéra-ment. » dit-il à nouveau, comme s’il voulait faire excuser son besoin de progresser. En 1985, il prend sa retraite. Mais c’est mal le connaître d’imaginer qu’il s’arrête.

Comme, en activité, il participait déjà à la Commission paritaire consultative chargée de préparer les programmes d’enseignement, il lui a été demandé de continuer, mais dans les commissions s’occupant de métiers d’art. Alors il a côtoyé des artisanats, pour lui, totalement inconnus. « je suis passé partout : chez les brodeurs, les tapissiers, les verriers, les accordeurs de piano, les céramistes. En plastique c’est un peu comme en mécanique, on ne peut plus inventer grand chose. Tandis que, dans ces métiers-là, on crée. J’ai vécu des moments inoubliables, par exemple, avec le facteur d’orgue de Notre-Dame de Paris. Je suis monté avec lui jus-qu’à l’orgue… On avait la nef sous nos pieds, c’était extraordinaire… ! »

Il garde, en lui, intacts, son émerveille-ment et son enthousiasme, mais aussi les souvenirs de sa vie professionnelle. Il sait comment la première presse, allemande, est arrivée à Oyonnax. Comment ont été fabriqués les peignes mais aussi les agrafes, les jouets, les boutons. « J’ai commencé à écrire…. » Avec un petit groupe de travail, il prépare un livre pour le « Musée des peignes et des matières plastiques » d’Oyonnax dont il a été un des premiers adhérents.

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Aujourd’hui, il puise son courage et sa force dans la richesse de ses souvenirs. Dans la générosité que lui offre, insatiable, son ouverture d’esprit.

M.D.-C.

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL