ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Monsieur René TACHET


PORTRAIT : René TACHET, le médaillé aux médailles

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Passionné par les décorations, René Tachet, notre compagnon, les collectionne depuis près de quarante ans. Huit cent quatre-vingt d’entre elles, minutieusement classées, dorment dans ses tiroirs.

 

Dans sa maison située au cœur des méandres compliqués de la banlieue de Péronnas, il dit : « C’est à l’étage… » Alors on monte le petit escalier de bois, et, en haut, il nous dirige vers une chambre : « Voilà c’est mon domaine… » La pièce est peut-être d’une taille normale mais occupée par tant de médailliers, d’étagères croulant sous les classeurs, de documents, avec en plus des ordinateurs, un grand bureau et deux fauteuils, qu’elle paraît minuscule. Mais elle ressemble surtout à un sanctuaire. D’abord on ne voit que quelques souvenirs militaires qui laissent deviner une carrière dans l’armée, quelques avions en miniatures qui, manifestement, évoquent une spécialisation dans l’aviation, complétés par une très grande hélice, coincée derrière le bureau, et qui semble nostalgique des grandeurs du ciel.

 

René Tachet est né en Haute-Saône, d’un père français et d’une mère tchèque, originaire des Sudètes et dont la famille s’était exilée en France entre les deux guerres, craignant les exactions du régime nazi. Etudes sommaires, juste un certificat d’études, mais père militaire, rigide, qui imprime à ses deux fils le goût de l’armée et les incite à choisir cette carrière. Tous deux entreront dans l’armée de l’air. Notre compagnon aura une vie normale de militaire, vie compliquée par des affectations diverses en des points très différents à travers le monde, particulièrement l’Afrique et installation de sa famille à Bourg-en-Bresse pour la scolarité des enfants et la proximité de la base d’Ambérieu.

 

Rien de très original, jusqu’à ce qu’un de ses collègues entre un jour dans son bureau avec une boîte qu’il lui ouvre sous le nez. Elle contenait des médailles. Des décorations différentes brillantes de leur métal et chatoyantes de leurs rubans. « J’ai été surpris et conquis. Je me suis dit c’est ce que je veux faire… » Et la passion l’a emporté !

 

Dès lors il court les brocantes, les antiquaires, les vide-greniers : « On trouvait facilement des décorations, à cette époque-là, les enfants ne savaient pas quoi faire de celles de leur père, alors ils les vendaient… C’était relativement facile et mon collègue, lui-même collectionneur, m’a beaucoup aidé. » Mais une telle collection n’est pas si simple. Il fut obligé, aussi, de se plonger dans les livres pour comprendre les créations de ces pièces, ou ce qui en a provoqué l’attribution.

 

Comme il a toujours aimé l’histoire, de telles recherches ont comblé cet intérêt : « Chaque médaille correspond à un événement dit-il. Quand la reine Victoria a créé un ordre pour ses soldats en guerre en Crimée, Napoléon III en crée un, pour les siens, qui combattaient avec eux. Mais aussi pour ceux de toutes ses autres campagnes, telles que celles d’Italie, de Chine et du Mexique. » Il remarque les « Légions d’Honneur hybrides » dont le centre a été remplacé selon les gouvernements avec les profils de Napoléon 1er, de Louis XVIII, de Napoléon III et enfin de la République. Il repère les Croix de Guerre de la première guerre mondiale dont les dates, au revers, se modifient selon les années : Guerre de 14x15, de 14x16, de 14x17 parce que l’on imaginait, chaque fois, que la guerre allait s’arrêter cette année-là.

 

Puis, brusquement apparaît Internet, et un marché immense, international s’ouvre à ses yeux. Spécialisé, car il faut bien avoir des limites, aux décorations militaires, essentiellement françaises, il peut maintenant accéder à toutes celles qui sont mises en vente, particulièrement sur « ebay ». Mais aussi sur les marchés étrangers et il trouve ainsi celles que recèlent les soldats australiens ou américains venus se battre en France.

 

Du coup, René Tachet prend des cours d’informatique afin de mieux maîtriser ses recherches et mieux encore les ordonner. Car ces objets, petits à première vue, mais envahissants quand les trouvailles prolifèrent, il faut bien les ranger et aussi les classer. Les meubles d’abord, avec des tiroirs peu profonds et dessinés de petites cases recouvertes de velours où chaque décoration reçoit sa place et son étiquette : date de la création, origine, graveur. Mais il faut aussi les photographier, les recenser dans des catalogues. Aussi les étagères, avec des classeurs, des livres, des boîtes, se multiplient ce qui diminue, évidemment, peu à peu, l’espace de cette pièce.

 

« Aujourd’hui, dit René Tachet, je recherche surtout le nom des graveurs, car ces médailles ont été d’abord gravées, puis les poinçons qui les authentifient. » Mais il reste avant tout attaché à la raison profonde de ces décorations. Créées par des princes, des rois, des empereurs, des états, toutes représentent une récompense, c’est à dire la reconnaissance d’un acte de bravoure ou d’une valeur morale. Dans cette petite pièce, en haut de l’escalier, on ne peut qu’être ému, par cette image d’une certaine qualité du monde, que René Tachet a engrangé là.

 

M. D.-C.

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL