ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

Monsieur Roland MONNET


Roland Monnet : Un homme déterminé

roland Monnet

Portrait d'un compagnon fidèle à ses engagements. Roland Monnet, né le 7 juin 1922, a donc quatre-vingt-dix ans cette année. Et derrière lui, une vie attachante.

Enfance à Mâcon, école privée à Bourg. Il est en pleine adolescence quand éclate la Seconde Guerre mondia­le. Un fait qui, curieusement, le réjouit. A l'ami qui le lui apprend il dit « Chic alors ! » Car cette guerre ne l'étonne pas. Avec ses camarades, dans son école d'apprentissage, à cette époque, il en parle souvent. Ces jeunes gens n'igno­rent rien de ce qui se passe en Allema­gne, et ont déjà une idée bien arrêtée sur ce qui les attend. D'autant plus que, lui, vient d'apprendre qu'un homme, coureur cycliste allemand, Albert Richter, dont il admire beaucoup les exploits sur piste, opposé au nazisme, a été arrê­té par la Gestapo et s'est ensuite suicidé.

Ce que veut Roland Monnet c'est se battre bien qu'il n'ait pas tout à fait l'âge d'être mobilisé. Quand la région est envahie par les armées allemandes, avec ses camarades, il provoque timide­ment ces intrus. Mais évidemment cette attitude, un peu enfantine, lui paraît très vite stérile. Le bruit court qu'un général, à Londres, parle de résistance. Il décide donc de partir. Peut-être même de le rejoindre.

Après avoir quémandé autour de lui un peu de nourriture et de l'argent, en novembre 1940, il part seul, en direction de L'Espagne. Après avoir tenté de s'em­barquer à Port-Vendres, il franchit la frontière, en rampant dans la garrigue, mais se fait prendre par les carabiniers espagnols, et se retrouve enfermé dans le castillo de Figueras. Son apprentissage des prisons espagnoles sera particulière­ment approfondi car il testera ensuite celles de Cervera puis de Saragosse avant de pouvoir expérimenter, dans toute son horreur, le camp de concentration de Miranda.

Enfin en février 1941, il est transféré à Pau où il peut tester cette fois une prison française. Libéré quelques mois plus tard, il rentre à Bourg-en-Bresse. Mais sa volonté de se battre le tenaille toujours. Après l'expérience des Chan­tiers de Jeunesse, quand l'obligation de se rendre en Allemagne pour le travail obligatoire devient pressante, il tente, sans y parvenir, de rejoindre un maquis.

Du coup la tentation du sud lui re­vient. Pourquoi ne pas repartir pour l'Es­pagne ? Ce qu'il tente entre juin et juil­let 1943. Cette fois, par la montagne, il parvient de l'autre côté des Pyrénées, où, évidemment, il est arrêté presque tout de suite, par les carabiniers. Nou­velle découverte d'une prison, celle de Jaca, petite commune de la province de Huesca, en Aragon. Mais les lois ont changé. Les autorités espagnoles ne ren­voient plus les Français chez eux, elles les échangent, contre des céréales, avec les Américains. Ces derniers emmènent leurs rescapés en Afrique du Nord.

Arrivé à Casablanca, Roland Monnet pense pouvoir enfin se battre. Il souhaite s'engager dans l'aviation, mais son « émotivité exagérée » l'empêche de recevoir une formation de pilote. Qu'à cela ne tienne, il sera parachutiste. Le voilà donc affecté, en janvier 1944, dans le premier régiment de chasseurs para­chutistes. Avec ce régiment, il s'embar­que pour la Sicile, remonte toute l'Italie, parvient enfin dans les Vosges, où il est blessé, en octobre.

Sa convalescence se termine en mê­me temps que la guerre. Démobilisé, il retrouve la vie civile et entre à l'E.D.F. où son père travaillait avant lui, et où il est resté, ensuite, toute sa vie. Mais ce serait mal le connaître d'imaginer qu'il n'allait pas continuer à se battre. En politique d'abord. Il soutient Michel Debré lors d'une élection présidentielle « ce qui me donne une couleur, » dit-il mais il ajoute : « Pour moi la politique est utile à tous, »

« J'ai pensé que je voulais être uti­le... » alors il participe à la création de l'Université inter-Age, dont il assume la mise en place et la présidence, pendant plusieurs années, veillant à ce qu'elle offre toujours des services de grande qualité. Poursuivant des activités qui lui permettent d'épouser le ciel, en 1984, il saute en parachute en Israël et obtient son brevet de l'armée israélienne. Car cet homme fort, que l'âge a rendu fragi­le, n'a cessé d'aimer le monde qui l'en­toure, de l'observer et de le partager.

Comme il a observé, dans l'objectif de son appareil photo la beauté et l'ori­ginalité de l'environnement floral. Sa bibliothèque abrite, dans des albums, des centaines de photos de fritillaires, de lys martagon ou de renoncules qu'il est allé admirer, après des heures de marche, dans toutes les montagnes envi­ronnantes. Comme celles de ses nom­breuses décorations, les couleurs de tou­tes ces fleurs captées au long de randon­nées, illuminent les riches souvenirs d'u­ne vie attachante et passionnée.

MDC

Président(e) de la section

M. Daniel POBEL